Tribune de Stéphane Maguet, Directeur de l’Innovation de We Are Social France, publié dans CB NEWS le 12 mars 2019.

Robots et Intelligence Artificielle développent beaucoup de fantasmes, et du travail pour les créateurs d'algorithmes, eux bien réels...

Le terme “intelligence artificielle” est un abus de langage et lorsque qu’en 1956, à la conférence de Darmouth, John McCarthy parvient à imposer le terme, l’expression “intelligence artificielle” décrit une discipline qui n’a rien voir avec l’intelligence. Peut être fallait il un peu marketer la discipline pour la faire émerger ? Peut être était-ce également son péché originel... Car 50 ans plus tard, elle reste entachée d’approximation, d’idées fausses et de fantasmes. Et cela d’autant plus depuis que la fabrique des grands récits s’est déplacé d’Hollywood à la Silicon Valley et que technologie et storytelling sont intimement liés. Dans son dernier livre, L’intelligence artificielle n’existe pas, Luc Julia, un des co- fondateurs de SIRI, actuellement vice-président du tout nouveau laboratoire d’intelligence artificielle (sic) de Samsung à Paris, revient avec brio sur les raisons de ce hold up sémantique et ses conséquences actuelles.

Depuis 2015, l’intelligence artificielle est devenu un buzzword, tout un chacun s’improvise spécialiste au royaume des aveugles. Les startups qui veulent lever des fonds ont plutôt intérêt à coller cette étiquette dans leur roadmap si elles veulent séduire les investisseurs. Entre le folklore des robots humanoïdes à qui on prête des intentions et des sentiments humains, et les fictions hollywoodiennes de Terminator à Black Mirror où les IA/robots vont annihiler l’espèce humaine, il est vrai que ça ne contribue pas du tout à y voir plus clair...

La réalité de “l’intelligence artificielle” aujourd’hui, ce sont des algorithmes d’apprentissage associés à des quantités de données qui se révèlent extrêmement efficaces dans un contexte précis pour reconnaître un visage, dépister le cancer ou encore jouer au GO, etc. L’intelligence artificielle qui prétend imiter l’humain dans ses attributs ultimes n’existe pas aujourd’hui. Et même si Ray Kurzweil et les prophètes du transhumanisme ont beau prédire l’avènement de l’intelligence “forte” avant 2050, ce genre de déclaration appartient plus au registre de la propagande qu’à celui de la science.

Après, on comprend bien que les algorithmes ne sont pas neutres, qu’ils représentent pour les sociétés comme pour les états des enjeux économiques, politiques et culturels importants. Peut-on même se demander si ce n’est pas dans l'intérêt des vendeurs d’algorithmes et autres partisans du soft power de susciter ce genre de débats spectaculaires ?

Mieux vaut alors parler d’algorithmes d’apprentissage. Dans les années à venir, les algorithmes prendront de plus en plus de place dans nos vies et nous interagirons de plus en plus avec eux : pour les concevoir, pour les entraîner, pour les superviser, ou simplement pour les utiliser. Et comme dans bien d’autres domaines, notre liberté se mesurera à notre capacité à les comprendre plutôt qu’à les fantasmer.