Internet fourmille de contenus qui peuvent nous faire rire, nous effrayer, ou nous donner espoir en l'humain.  Au delà des trolls et des lols, si vous savez ce que vous cherchez sur la toile, les mèmes et autres tweets peuvent être les signaux avant-coureurs de véritables changements culturels et de comportements sociaux plus profonds. Deux fois par mois, Lore Oxford, notre Global Head of Research and Insights, explore certaines de ces tendances. Au sommaire de cette troisième édition : le mème “cultural impact” sur Twitter, un mélodrame mis en scène sur Instagram et les présentations Powerpoint qui sont devenues les meilleures amies des fans.

Le mème “cultural impact” de Twitter met à l’honneur les références culturelles de 2019

Le dernier mème en vogue sur Twitter compare les moments qui, selon les gens, ont eu un impact sur la culture, avec ceux qui l’ont réellement impactée. Voilà à quoi cela ressemble :

C’est drôle parce que c’est ridicule : Brittany Broski (l'utilisatrice de TikTok à l’origine de cette vidéo, qui est devenue un mème) compte environ 750 000 abonnés sur la plate-forme, dont la plupart inscrits depuis le mois dernier. À titre de comparaison, les Beatles ont vendu plus de 1,6 milliard de singles et 177 millions d'albums rien qu'aux États-Unis, après plusieurs décennies consacrées à la création musicale... Mais ce n’est pas non plus complètement inexact : aujourd’hui, d’une certaine façon ou du moins pour certains, Brittany Broski a réellement plus d’impact sur la culture que les Beatles.

Ce constat est très révélateur du rythme des cycles médiatiques, ainsi que du plaisir qu’ont les internautes à communiquer entre eux sur des références culturelles “de niche”. Avant, les gens se rassemblaient autour de références universelles, connues de tous. Sur Internet aujourd’hui, ils le font autour d’une scène de film, d’un tweet de musicien ou d’une expression de visage d’une star de la télé-réalité.

Caroline Calloway met en scène son mélodrame amical sur Instagram

Pour les personnes qui ne la connaissent pas encore, Caroline Calloway est connue pour avoir publié sur Instagram de jolis posts sur sa vie d’Américaine diplômée de Cambridge, accompagnés de longues légendes littéraires. Cette année, elle s’est fait remarquer pour avoir facturé 165 dollars par personne pour ses “ateliers de créativité”. Des ateliers qui ne se sont jamais matérialisés et qui lui ont valu le statut d'arnaqueuse sur Internet...

La semaine dernière, la polémique a fait rage à nouveau : son ancienne amie, Natalie Beach, déclare dans un article dans “The Cut” que non seulement Calloway n’est obsédée que par sa petite personne et est une mauvaise amie, mais qu'elle aurait aussi acheté ses followers et qu’elle n’aurait pas écrit les fameuses légendes qui ont fait sa notoriété. Calloway s’en est défendue à de nombreuses reprises sur Instagram, à l’image de ce post la montrant devant le fameux article de The Cut :

Voir cette publication sur Instagram

I feel like that photo of Meghan Markle’s father at a FedEx just before her wedding. Unfortunately I am not Meghan Markle in this similie, but her toxic sociopathic father! Is this what you came here for, new followers? He staged those photos and I took this selfie for my Instagram. Does that make me toxic? Is this proof that I have no control over my storytelling on Instagram? Is there a difference between “can’t stop” writing about myself on Instagram because I’m addicted to it and “won’t stop” because I find meaning in it and I refuse to quite just because other people don’t like the things I create or me? I honestly don’t know. I feel really weird right now. I just walked into a FedEx in downtown Manhattan and googled myself so I could print out a copy of Natalie’s article to read for the first time today with my therapist. I mean WHAT? this is an odd day. When I pulled up the news results for me I saw that this story had already been picked up by Jezebel, Business Insider, Cosmo... Even the New Haven Register. Last night my name was trending at third on Twitter in the United States. I don’t know what today will hold. It’s barely 11 AM. But I’ve already been awake for hours. I got up at the crack of dawn to go to pilates, spin class, and the sauna. Someone gave me wise advice last night and said: Whatever you do tomorrow, EXERCIZE. That one hour will affect the other 23 hours of your day. So I made it two hours because I wanted to push myself and now my mind is feeling loose and light and bright. After therapy’s done I’ll beginning writing my response to her essay. I have some things to say.

Une publication partagée par Caroline Calloway (@carolinecalloway) le 11 Sept. 2019 à 8 :02 PDT

La réaction de Calloway a été publiée sur son réseau social de prédilection, sous forme de photos d’elle qui nous livre ses réflexions et d’anciens selfies avec son ancienne amie. Les commentaires se succèdent sous chacun de ses posts, ceux des supporters de la team Natalie versus ceux de la team Caroline. Les médias, eux, suggèrent que les deux jeunes femmes sont en fait de connivence et cherchent juste à développer leur notoriété. Et cela ne serait pas étonnant.... Depuis la publication de l'article le 10 septembre, Calloway a en effet publié près de 100 publications sur Instagram, offrant ainsi aux regards indiscrets une place au premier rang du médodrame qui se joue. Internet aime ça. Et les différents gagnent en authenticité et en engagement lorsqu’ils ont lieu sur les réseaux sociaux.

La vidéo “‘Panini” de Lil Nas X, ou la mise en scène de l’omniprésence numérique de l’artiste

Le nouveau single “Panini” du chanteur Lil Nas X sur YouTube suit les pas du record "Old Town Road" :



Il met en scène l'actrice Skai Jackson,  protagoniste d’un futur envahi de toutes parts par des images holographiques à la Blade Runner, depuis les écrans d’un Uber ultra moderne jusqu’aux affichages digitaux de publicité... Malgré ses efforts, Skai ne parvient pas à échapper à Lil Nas X qui apparaît sur tous les écrans. Le message est clair : ces derniers temps, personne ne peut échapper à Lil Nas...

Mais il n’est pas seulement question ici de l’omniprésence de l’artiste. Le clip met en scène aussi plus généralement la nature sur-connectée d’une technologie qui aujourd’hui permet d’avoir un accès direct à notre attention, qu’il s’agisse de chansons que nous en avons assez d’entendre, d’inconnus qui s’introduisent dans nos DM ou encore de marques qui paient pour apparaître dans nos feeds - très alimentés par des marques comme Uber, Fiat et Beats by Dre. Aux États-Unis, 72% des Américains âgés de 18 à 24 ans pensent que les médias sociaux sont très distrayants, mais 64% d'entre eux estiment qu’ils devraient être plus prudents. Il ne s’agit pas de supprimer complètement la technologie, mais de trouver une relation plus équilibrée avec elle. Aujourd’hui, les gens semblent à la fois dépassés par la nature omniprésente de la technologie sans pour autant être prêt à vivre sans elle.

Playstation a lancé un débat sur le bouton "X" sur Twitter et tout le monde a un avis sur la question

Dans une économie axée sur l’attention, ce sont les idées les plus controversées qui animent les opinions les plus polarisantes et qui tendent à occuper le plus de temps de parole sur les plateformes sociales. Prenez ce tweet par exemple de PlayStation il y a quelques semaines :

Ce tweet est venu en réponse à @Arbiterwarpig, dont le tweet initial était le suivant: “Toute personne qui dit “croix” est un flic”, invitant tous les internautes à trancher sur le sujet. Cela a même conduit PlayStation à publier un sondage à la question (81% disent “X” contre 8% qui disent “croix”).

Le fait d’engager un débat peut être amusant et bénéfique à titre personnel ; c’est un moyen de se forger ses opinions et de distinguer les membres et les non-membres d’un groupe. Et tandis que les discussions politiques sur des sujets importants (qui se transforment souvent en affrontements avant même d'avoir commencé) fatiguent les gens, des débats mineurs sur des questions courantes peuvent être un moyen efficace de susciter de l’engagement - en particulier s'il existe un point de discorde que peut s'approprier une marque.

Faire des slides sur High School Musical, un outil de présentation idéal pour les fans

Une Californienne de 19 ans étudiante en art a visiblement beaucoup regardé la trilogie High School Musical. Elle a beaucoup d’avis arrêtés sur l'une des personnages - Sharpay Evans - qui d’après elle, a été interprétée à tort comme “la méchante” du film. Elle a donc créé une présentation à ce sujet sur Google Slides, qu'elle a présentée à sa classe, puis qu’elle a tweetée:

Vous trouverez la présentation complète ici. À l’instar de la fanfiction*, les présentations comme celle-ci sont une façon créative d’exploiter l’ampleur et la profondeur du fandom** de son créateur à plusieurs titres :

  • Son format se prête naturellement à un contenu long et détaillé.
  • Ses images basse définition et ses textes rappellent l’esthétique des mèmes. 
  • Le côté vieillot des slides reflète le ton décalé de l’humour sur internet.

Voilà aussi pourquoi @buzzkillary a aussi publié sur Twitter cette présentation PowerPoint sur la façon dont Lorde a volé le petit ami de Lena Dunham, pourquoi une soirée “PowerPoint House” est devenue virale ou encore pourquoi ces slides sont devenues virales.

Les présentations de type PowerPoint sont donc l’outil idéal pour les fans de montrer l’étendue et la profondeur de leur fandom.

*Une fanfiction d’après Wikipédia est un récit que certains fans écrivent pour prolonger, amender ou même totalement transformer un produit médiatique qu'ils affectionnent, qu'il s'agisse d'un roman, d'un manga, d'une série télévisée, d'un film, d'un jeu vidéo ou encore d'une célébrité.

**Un fandom d’après Wikipedia est une  sous-culture propre à un ensemble de fans, dont l’objet tient en général de l'art, du sport ou du divertissement.