“The first time Mark Zuckerberg put on the awkward headset he knew. This is ready, he thought. This is the future.”
- Max Chafkin, VanityFair

Acte 1 : En mars 2014, Mark Zuckerberg rachète Oculus pour 2 milliards de dollars. Lors de cette annonce, personne ne comprend vraiment tout de suite. On se dit notamment que c’est un caprice de milliardaire qui se fait plaisir. Mais très vite, le marché commence  à penser que peut-être, la réalité virtuelle pourrait bien devenir un des futurs des réseaux sociaux...

Crédit photographique Annie Leibovitz

Acte 2 : Depuis cette date, Mark Zuckerberg n’a eu de cesse de promouvoir cette vision d’une réalité virtuelle sociale, par petites touches successives, pour faire converger les deux plateformes que sont Facebook et Oculus… Des vidéos 360 aux 3D posts, des évènements live aux avatars, d’Oculus Rooms à Facebook Spaces…

« VR is really a new communication platform. By feeling truly present, you can share unbounded spaces and experiences with the people in your life. Imagine sharing not just moments with your friends online, but entire experiences and adventures. »
- Mark Zuckerberg. FB post. Mars 2014.

Mark Zuckerberg au World Mobile Congress de Barcelone, en 2016

Facebook a aujourd’hui une vision des plus avancées du marché grand public et le succès récent de l’Oculus Quest sorti en mai dernier confirme cette tendance. Pour beaucoup d’aficionados, c’est un peu l’équivalent de la sortie de la Playstation one à son époque: un changement de paradigme qui pourrait faire la différence en terme d’adoption. Alors que Google a raté le train pour le moment malgré de nombreuses tentatives et qu’on attend encore Apple sur ce marché, Facebook est aujourd’hui très bien placé pour réussir son pari.

Acte 3

Lors de sa Keynote annuelle de septembre dernier, Mark Zuckerberg  annonce Facebook Horizon, le nouveau monde virtuel selon Facebook, largement inspiré de Ready Player One, un roman Cyberpunk d’Ernest Cline.

Malgré le storytelling “It’s a brand new platform”, les mondes virtuels sont loin d’être nouveaux. Ils existent depuis la naissance d’internet sous différentes formes : ActiveWorld, Habbo, le 2ème Monde, IMVU, Mamba Nation, Roblox, les Sims ou encore Second Life. Avec la renaissance de la réalité virtuelle en 2016, on assiste à l’arrivée d’une seconde vague de mondes virtuels, à l’image de Vtime, altspace VR, VRchat, Rec-Room, etc.

Si le monde virtuel n’est pas une nouveauté, c’est la première fois en revanche qu’un acteur réunit dans un seul écosysteme à la fois le hardware (Oculus), le software (Horizon) et l’incroyable bassin d’audience d’environ deux milliards d’utilisateurs actifs mensuels de Facebook.

En quelques mots, que faut-il en retenir ? D’une part, que ce monde de “builders” sera en perpétuelle extension et mutation : on imagine que bientôt, chacun pourra construire son avatar, son appartement, ses maps, programmer ses jeux et ses évènements… Le vocabulaire et l’imaginaire de la Nouvelle Frontière animent l’esprit de Facebook Horizon, comme il a animé avant lui la conquête de l’Ouest jusqu'à la conquête spatiale.

Mark Zuckerberg a beaucoup insisté sur la citoyenneté d’Horizon : chacun  ne sera pas seulement un membre ou un consommateur, mais bien un citoyen d’un cyberspace unifié. Cette promesse d’un “être ensemble” est pour le moins étrange et intéressante... Derrière elle se profile une sorte de gouvernement mondial du Cyberspace dont Zuckerberg serait le Président… Cela peut faire un peu peur quand on connait les ambitions politiques de Zuckerberg. Ceci dit, l’idée d’un Cyberspace sans frontières est déjà présente dans la littérature cyberpunk, et Zuckerberg ne fait que l’intégrer à la réalité.

Dernière chose remarquable : l’argent. L’annonce de la monnaie Facebook, la Libra, indexée sur le dollar, l’euro et le yuan. La Libra sera la monnaie de Facebook mais également d’Horizon. Alors, outil de transaction ou monnaie souveraine ? L’avenir de Libra se jouera certainement en 2020… 

Qu’il s’agisse de citoyenneté ou de monnaie, il est surprenant (voire angoissant ?) d’entendre un GAFA parler de notions qui sont traditionnellement du registre des États Nations.

L’image de Facebook (et ce que le réseau est devenu ces dernières années) est tout de même assez loin de la promesse d’un monde virtuel libre et innocent… Donc pourquoi ce monde serait-il différent de la plateforme qui l’a créé ?

« En tant que citoyens de Facebook Horizon, il est de notre responsabilité de créer une culture respectueuse et confortable […] Un citoyen d’Horizon est sympathique, inclusif et curieux ».  (Facebook post. Page de facebook horizon. 2019)

On reproche à Facebook la diffusion de fakes, l’espionnage marketing, la manipulation des opinions à des fins politiques, la banalisation d’algorithmes de surveillance par les gouvernements et les états, etc... Au niveau individuel, on pointe du doigt les atteintes à la vie privée, l’économie de l’attention et le culte de l’émotion au détriment de la réflexion et la discussion nécessaire aux démocraties...

Une chose est sûre, 2020 sera à coup sûr un tournant critique pour Facebook, au-delà d’Horizon, qui a toutefois toutes les chances (ou presque) de réussir son pari !

Et si vous voulez avoir un avant goût fun de ce que sera Facebook Horizon, vous pouvez d’ores et déjà allez sur Rec Room ou VR-chat !