Par Antoine Burtin, Analyste Social Media chez We Are Social.

L’annonce d’une Super League Européenne organisée par 12 clubs fondateurs a fait couler beaucoup d’encre depuis dimanche, avec plus de 6,5 millions de mentions sur les réseaux sociaux. Le rejet de cette officialisation pourtant attendue a été massif chez les fans de football : 27 % des conversations sont négatives et critiquent ce projet. Le hashtag #SuperLeagueOut a d’ailleurs été utilisé près de 23 000 fois. Beaucoup d’institutions, de marques, de clubs concernés ou non par cette nouvelle compétition ont décidé de prendre position sur le sujet. À partir de ces différents points de vue, il serait intéressant de se demander quel est le football que le monde souhaite et imagine pour les années à venir.

L’agacement envers le foot business domine les conversations

Sans surprise, quand l’argent commence à prendre trop de place par rapport au mérite sportif dans un sport à l’origine populaire, les gens s’unissent pour le dénoncer. Selon le sondage du compte EspoirsduFootball (6 K votes), ils sont plus de 9 fans de football sur 10 à s’opposer à ce projet. Sur Twitter, la fronde anti-SuperLeague a été lancée dimanche soir par Gary Neville, ex-joueur de Manchester United. Sa séquence vidéo “coup de gueule” sur Sky Sports a généré plus de 116 K interactions et son nom a été mentionné 585 K fois depuis dimanche soir. L’ancien international anglais Jamie Carragher se disait aussi embarrassé que des clubs d’origine ouvrière comme Manchester et Liverpool approuvent ce système élitiste. Les joueurs en activité prennent aussi position. Selon eux, les supporters sont l’essence même du football populaire : leurs enfants rêvent de la Coupe du monde et de la Ligue des Champions, pas de la Super League

Ce football qu’ils aiment tant semble avoir pris une toute autre direction. La correspondante de Bloomberg Maria Tadeo a publié une vidéo montrant l’augmentation significative du cours de bourse de la Juventus suite à cette annonce de Super League…

Les moqueries envers un football qui deviendrait aseptisé et scénarisé

Selon les fans, un football en ligue fermée, c’est un football sans risque sportif de descente et qui prévoirait souvent les mêmes rencontres. Des utilisateurs se sont amusés sous ce thread à réaliser des matchs totalement scénarisés, comme lors des rencontres de catch de la WWE aux Etats-Unis. Des supporters imaginent ce que serait le football sans ces clubs fondateurs de la Super League. Ils réalisent des hypothèses de matchs improbables, qui se dérouleraient par exemple entre des équipes peu habituées à la Ligue des Champions. Quelques marques, comme le compte de paris sportifs Winamax, s’amusent de l’abaissement certain du niveau de la Champions League. Des comptes comme Troll Football plaisantent aussi sur la présence de clubs illégitimes parmi ces 12 fondateurs, comme Arsenal : ce club est presque deux fois plus discuté sur le sujet que les 11 autres fondateurs (476 K mentions vs 267 K mentions pour le deuxième club le plus discuté Tottenham) car les fans de football se moquent de sa présence au sein de l’élite européenne.

Des clubs y voient une opportunité de séduire des fans déçus de ce nouveau modèle

Avec dérision, des clubs envisagent un football qui continuerait d’exister et de passionner les fans même sans ces 12 institutions. Le Bray Wanderers Football Club et le FC Spartak Moscow ont voulu ironiser sur le fait qu’ils ne participeraient pas à cette ligue et qu’ils restent présents pour les fans qui cherchent un nouveau club à soutenir. Ces deux publications sont parmi les plus engageantes du sujet. D’autres clubs ont su être réactifs à cette annonce et mobiliser leur communauté. Le Bétis Séville a par exemple publié sur son site web un classement du championnat de Liga sans les 3 participations espagnols de la Super League. Le club de Leeds United a annoncé être fier d’avoir obtenu un match nul face aux “Reds de la Super League” Liverpool lundi soir. Le média SO FOOT les a rejoint et a décidé de retirer le nom des “12 déserteurs” de ses comptes-rendus des matchs de la semaine, comme s’ils n’avaient plus les licences officielles de ces équipes. 

Si le football doit inéluctablement changer, cela ne peut se faire sans ses communautés de fans...

Face à cette apogée du football capitaliste, beaucoup militent pour un retour aux vraies valeurs du foot. Cultifoot a expliqué que tous les amateurs de ce sport ont connu le nom de villes européennes grâce aux Coupes d’Europe, et que cette ligue fermée empêcherait cette transmission du savoir. Le compte Espoirsdufootball et tant d’autres rêvent secrètement d’un retour en arrière, avant l’arrêt Bosman : un football composé uniquement de joueurs locaux. Cette jurisprudence datant de 1995 avait permis la libre circulation des footballeurs entre les Etats membres de l’Union européenne. 

Enfin, la Super League est en Trending Topic sur Twitter depuis dimanche. Les clubs de football doivent écouter les revendications de leurs supporters pour comprendre réellement leurs attentes, car ils vivent pour leur club et le font vivre. Ce seront aussi eux qui décideront d’acheter (ou non) cette compétition.